Pendant la feria, un vétérinaire me demanda : “Mais qu’est-ce qui vous arrive ? Tous les jours, je vous vois quitter à toute vitesse les gradins avant la fin de la corrida et entrer précipitamment dans les toilettes des dames ! ” Ce qui m’arrive, dus-je lui expliquer, c’est que je dois communiquer la chronique par téléphone avant 22 heures, depuis la salle de presse des arènes qui est à côté des toilettes pour dames, et que l’écriteau correspondant est plus proche de la salle de presse que desdites toilettes.
Reste encore à le raconter, 6 juin 1983.
LE LIVRE :
Composée d’une sélection de 22 chroniques (1981-1999) parmi les plus de 5 000 articles qu’il
rédigea pour El País, cette anthologie vise à présenter au lecteur la plume alerte de ce journaliste
d’exception que fut Joaquín Vidal.
Depuis son siège des arènes de Madrid (tendido bas 10, rang 6, place 17) ou pendant les ferias
de Pampelune ou de Valence, il composa, grâce à la rigueur de son point de vue et à l’élégance
ironique de son style, plus que de simples recensions des courses. Quelquefois, le spectacle de la
piste n’obtenait d’ailleurs que la portion congrue (Les Rois de la claque et L’Esprit du gradin 8
reste vivace à propos du public; Reste encore à le raconter, sur la condition de journaliste taurin…).
Si, dans le monde de la critique taurine, il se situait clairement du côté de la critique (Ici sévit une mafia), il ne ménageait pas ses enthousiasmes lors des rares occasions où taureau de combat et
véritable torero se rencontraient (en particulier lors de la corrida de Victorino Martín en juin 82 ou
lors des triomphes madrilènes de César Rincón). Ne fréquentant pas le milieu taurin, il put conserver
une indépendance qui lui attira des lecteurs bien au-delà du cercle des aficionados.
En-dehors de la saison tauromachique, Joaquín Vidal continuait un travail de chroniqueur dont
nous proposons trois exemples (Pause café; Écrire; Moi, je).
L'AUTEUR :
Joaquín Vidal (1935-2002) fut pendant 26 années le chroniqueur taurin de El País. Plume parfois
enthousiaste, souvent acérée, toujours percutante et irrémédiablement indépendante, il s’attira
l’inimitié de nombreux professionnels du monde des taureaux. Dans sa recherche constante
de la vérité dans la fiesta nacional espagnole, son honnêteté et son ironie en firent la référence
du genre. Il fut admiré par José Bergamín ou Eduardo Arroyo (« La plume la plus brillante du
monde de la tauromachie. ») et respecté par les toreros de verdad (Curro Romero, Antoñete, Luis
Francisco Esplá…).
Joaquín Vidal était tout cela, et plus encore. Il était aussi Madrid, l’air de Madrid, la place de
Santa Ana un matin de féria, la terrasse ombragée d’un bar, un café, une tostada, le journal et
la chronique du jour.
Parution : Avril 2010
imprimer le bon de commande |
|