L'AUTEUR :
Conteur, romancier, dramaturge, journaliste, scénariste de cinéma, essayiste, théoricien politique,
philosophe autodidacte, le mexicain José Revueltas (1914-1976) représente en
Amérique latine peut-être la meilleure preuve que les chemins de la politique et de la littérature
militante ne s’opposent pas nécessairement. Marxiste engagé et membre du parti communiste
dès les premières années de sa jeunesse, Revueltas est tout le contraire d’un écrivain
conformiste à qui il suffit de savoir que la littérature doit se subordonner aux tâches que lui
impose la politique. Il connut la prison de nombreuses fois pour son activisme politique ; il était
même encore mineur quand il fut envoyé pour la première fois à la prison de haute sécurité
de l’époque : le bagne des îles Marías. (Il en tirera la matière de son premier roman, Los
Muros de agua, 1941.) Le système carcéral lui fournira d’ailleurs souvent une toile de fond
que son style lyrique et poétique transcendera, s’inscrivant, à la fois, dans la lignée des
romanciers russes du XIXe et de l’humour noir de Kafka. L’œuvre de José Revueltas s’inscrit
également dans le mouvement de l’existentialisme dont il partagea l’engagement et la foi
dans l’humain. En 1968, il fut accusé d’être l’« auteur intellectuel » du mouvement des étudiants
du Mexique, dont le point culminant fut le massacre de Tlatelolco, ce pour quoi il fut
emprisonné puis envoyé à la prison de Lecumberri.
LE LIVRE :
Quand ce troisième roman de José Revueltas fut publié, l’enthousiasme de la critique de
« droite » s’éveilla immédiatement et provoqua la colère et la condamnation brutale des « compagnons
de route » de l’auteur. Le livre fut retiré des librairies à la demande de l’auteur suite
à la polémique qu’il suscita et, naturellement, « réhabilité » dans les années soixante. Dans le
roman, des militants à la fois proches du peuple et partisans de la liberté de conscience s’opposent
à d’autres militants dont le manque d’ouverture idéologique et l’éthique erronée causent
équivoques et tragédies. Mal interprété par certains idéologues de l’époque, ce roman à la fois
philosophique, poétique et méditatif traite des relations entre l’art, la morale et la politique,
questions récurrentes dans le Mexique postrévolutionnaire des années trente dont il recrée l’univers.
Ce texte présente avec une acuité toujours actuelle la problématique de l’engagement politique
et du destin personnel.
La traductrice a dirigé l’édition critique de ce roman dans la collection de référence « Archivos »
(éditions de l’UNESCO).
Une place à part et unique dans la littérature mexicaine. (Octavio Paz)
Parution : mai 2008
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